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L’identité ligérienne ? Qu’est-ce que c’est ?

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Bon alors, c’est quoi cette fameuse identité ligérienne qu’on essaie de vendre aux habitants de la Loire-Atlantique.

Demandons à M. Je Sais Tout ! Je tape « identité ligérienne » sur google et dans le top 10 que me retourne le moteur, figure en bonne posture le site du « Val de Loire, Patrimoine mondial » (www.valdeloire.org).  Je visite le site en question et je consulte la carte. Le périmètre du territoire inscrit au patrimoine mondial commence à l’est à Sully sur Loire, en amont d’Orléans, et se termine à l’ouest, à Chalonnes sur Loire, un peu en aval d’Angers.

Remarquez que le site prend ses précautions en parlant de périmètre « inscrit ». Je tiens à le préciser, car on sait que certains n’hésitent pas à parler du château des Ducs de Bretagne à Nantes comme de l’un des « château de la Loire »  (1, voir la note en fin de billet), tout en évitant soigneusement d’employer la première dénomination! On connait aussi les difficultés que rencontrent les viticulteurs du vignoble Nantais pour conserver le label « Muscadet, vin breton » alors qu’on essaie de leur imposer l’appellation « Vins de Loire ».  (voir ici)

Donc, si l’on regarde la carte du Val de Loire, on s’aperçoit que Nantes n’y figure pas. Qu’en est-il donc du caractère ligérien de la ville de Nantes ?  Il semble qu’il ne provienne pas du même tonneau que celui du Val de Loire!

Dans le même ordre d’idée, la ville d’Orléans fait parti du périmètre inscrit. Et l’on ne contestera pas l’identité ligérienne de la ville en question, du moins celle mise en avant par le Val de Loire.

La région administrative des Pays de la Loire doit donc faire face à un double dilemme :

  1. Premier dilemme, comment vendre en dehors de son berceau naturel une identité ligérienne à des populations qui revendiquent une autre identité. La Loire-Atlantique est bretonne par son histoire, par son patrimoine, par ses habitants. Bon nombre d’habitants de Loire-Atlantique se disent bretons, de père en fils, de mère en fille. La région vient leur expliquer qu’ils se trompent. Tous ces gens s’identifient à la Bretagne, revendiquent la culture de la Bretagne, leur passé breton et veulent un avenir breton. Vouloir leur imposer une identité ligérienne est voué à l’échec. Je parle de la Loire-Atlantique mais il est probable que bon nombre de Manceaux ou de Vendéens ne se reconnaissent pas sous le vocable de ligérien.
  2. Second dilemme, comment faire en sorte que les habitants des cinq départements s’identifient à la région en promouvant une identité par ailleurs revendiquée (légitimement) par les habitants d’une autre région. En promouvant son identité ligérienne, la région oublie que cette identité est aussi celle des habitants des villes d’Orléans, Blois ou Tour (pour rester dans le cadre du Val de Loire).  Si on utilise le qualificatif pour désigner des populations, il faut reconnaître que le terme de ligérien peut tout aussi bien désigner un habitant de la région des Pays de la Loire qu’un habitant de la région Centre. Ligérien certes! Mais d’où ? Autant pour l’identification au territoire!

Mais continuons nos recherches. Force est de constater que les 10 premiers liens affichés par le moteur de recherche renvoient soit vers le site du Val de Loire, dont on a déjà parlé, soit vers des associations ou universités d’Orléans ou de ses alentours.  Allez, un effort, je clique sur les dix liens suivants.  Encore les même sites, mais aussi des sites parlant de réunification de la Bretagne, un comble!

Ah, quand même! Sur le site « norois » on parle de Nantes comme d’un port ligérien, à propos du projet de l’Ile de Nantes. A une autre époque on aurait dit un port de Loire. Aujourd’hui et sur le site en question, on dit port ligérien. Mais parle-t-on ici de la même chose que tout à l’heure lorsqu’on parlait de l’identité ligérienne du Val de Loire et d’Orléans ? Je ne crois pas.   Vous en connaissez beaucoup des ports en Val de Loire qui faisaient du commerce avec l’Angleterre, l’Espagne, les Pays Bas…  

Alors certains rétorquerons (et je n’invente rien) que l’identité ligérienne c’est la somme de tout ça, des petits ports en bord de Loire, et un grand port ouvert vers l’océan. Avec un tel raisonnement, tout ce qui se trouve dans le périmètre de la région administrative des Pays de Loire participe à l’identité ligérienne, par définition, de facto!

Mais cet argument purement rhétorique ne tient pas la route :

  1. Dans un tel cadre, on peut se demander ce qu’il en est de la contribution Orléanaise. Ligérienne ou pas ligérienne ? On voit bien qu’aucune des réponses n’est satisfaisante. Dans le premier cas on perd la dimension d’identification à la région (celle qui nécessite de créer une identité, un sentiment d’appartenance à une région) car ce qui est ligérien n’est pas forcément propre aux Pays de la Loire. Dans le second cas, on nie l’identité ligérienne de la ville d’Orléans, sans doute beaucoup plus avérée que celle de la Mayenne par exemple.
  2. Serait-ce l’étiquette sur l’emballage qui fait le contenu ? Si demain l’on redessinait les régions  comme cela peut très bien arriver dans un futur proche, en ressortirions nous avec des nouvelles identités régionales, puisqu’il semble que ce soit le territoire administratif qui crée l’identité. Je ne le crois pas un seul instant, l’identité bretonne survivrait, comme elle vit encore en Loire-Atlantique aujourd’hui.  Par contre, je ne suis pas sûr que l’identité ligérienne des Pays de la Loire telle que comprise par la dite région survivrait à un tel redécoupage.

Pour conclure, il ne s’agit pas ici de démontrer que l’identité ligérienne n’existe pas, il s’agit d’expliquer que si le qualificatif de ligérien peut avoir du sens et de l’ «épaisseur » lorsqu’on parle du Val de Loire,  de ses Châteaux, d’Orléans, il en est singulièrement dénué (d’épaisseur) lorsqu’il s’applique à la ville de Nantes, au département de la Loire-Atlantique, à la Mayenne ou à la Vendée.  Certains vous expliqueront que le terme ligérien s’applique non seulement à la Loire mais aussi à ses affluents. Mais je ne suis pas sûr que les riverains de la Borne, de la Vienne, de la Nièvre, ou de l’Allier, l’entendent de cette façon!

44enbretagne

Jacques Auxiette, 8/3/2007 sur son blog : « Le Château des Ducs de Nantes, premier château breton, et dernier château de la Loire en est une preuve saisissante ». Visiblement l’appellation Château des Ducs de Bretagne lui fait mal. De plus quand on parle, on n’entend pas la minuscule à « château de la Loire» mais il est évident que l’on cherche à créer une confusion dans l’esprit des gens.  Allez voir un bouquiniste et cherchez un vieux guide vert des années 70 de la région, vous verrez qu’il n’y a pas de confusion possible, le château des Ducs de Bretagne n’est pas un Château de la Loire, mais un château au bord de la Loire. Il ne s’agit pas d’une subtilité de langage mais bien d’une distinction d’ordre culturelle et historique, donc essentielle puisqu’on parle ici de patrimoine. Je me rappelle avoir lu une édition du Guide Vert dans laquelle il était explicitement écrit que le château des Ducs n’est pas un Château de la Loire, avec les explications du pourquoi. A l’époque, il ne venait encore à l’esprit de personne de vouloir faire du château des Ducs un « château de la Loire ».

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Un commentaire

  1. 44enbretagne

    8 septembre, 2009 à 23:48

    A noter le papier suivant sur le site du Haut commisariat aux droits de l’homme des Nations Unis

    http://www2.ohchr.org/english/bodies/cescr/docs/cescrwg38/pacte-droits-br.pdf

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